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20 mai 2026

Le solaire à tout prix ? La France installe massivement, mais ne fabrique presque plus.

La France déploie le photovoltaïque à marche forcée. Mais derrière chaque panneau posé se cache une dépendance. Notre analyse ARGOS de la filière — au lendemain de l'arrêt de la gigafactory Carbon — révèle un pays qui installe massivement et ne fabrique quasiment pas.

Le 19 mai 2026, le projet Carbon — une usine intégrée lingots-wafers-cellules-modules de 5 GW à Fos-sur-Mer — était définitivement arrêté, faute de garantie de marché européen protégé. Le lendemain, au Solar Summit 2026, la même question revenait : le solaire à tout prix ? Le Made in France à tout prix ? La bonne réponse n'est ni le renoncement, ni l'incantation. Elle est dans la donnée.

Une filière qui installe, mais ne fabrique presque pas

Sur les 89 entreprises de la filière positionnées sur des produits à enjeu de souveraineté, la France cumule 2,5 Md€ de chiffre d'affaires et 4 196 emplois — l'équivalent d'une seule grande ETI industrielle. À titre de repère, la pharmacie française emploie ~100 000 personnes, la métallurgie ~200 000. La filière solaire, au sens strict, est encore un réseau de développeurs et d'installateurs bien plus qu'un tissu manufacturier.

Le symptôme le plus net : un seul fabricant de modules photovoltaïques en production active identifié dans nos bases — VOLTEC SOLAR, à Dinsheim-sur-Bruche, en Alsace. Deux gigafactories sont en implantation — HoloSolis (Hambach, Moselle, 5 GW) et DAS Solar (Mandeure, Doubs, 3 GW, acteur chinois) — mais elles ne produisent pas encore. Des entrepreneurs d'exception portent ce combat, de Laurent Bodin chez HoloSolis à Antoine Chalaux chez ROSI sur le recyclage du silicium. L'arrêt de Carbon rappelle leur fragilité : sans préférence européenne assumée, un projet de réindustrialisation reste un pari.

Le vrai point noir : les intrants

Installer, la France sait faire. Le problème est en amont. La filière consomme 22 intrants critiques pour la souveraineté (8 classés P1 — critiques et vulnérables, 14 P2). Et parmi eux, 6 n'ont aucun producteur français identifié : fibres de quartz fondu, concentrateurs solaires, creusets en quartz (indispensables aux lingots de silicium), abrasifs pour scies à fil, suiveurs solaires, films PVB d'encapsulation.

Ce sont exactement les composants sans lesquels aucune chaîne de fabrication nationale ne peut tourner en autonomie — pas même les futures gigafactories. Plusieurs intrants P1 ne reposent que sur un unique producteur national, parfois sans comptes publiés. La dépendance ne se voit pas dans le panneau fini ; elle est cachée dans le grain de quartz et le creuset.

Un déficit commercial qui se creuse

Le commerce extérieur confirme le diagnostic. En 2024, la France a importé pour 8,6 Md€ de matériel photovoltaïque contre 3,8 Md€ d'exports : un déficit de −4,78 Md€, dont 47,6 % viennent de Chine. Surtout, ce déficit s'est creusé de 2,6 Md€ en cinq ans — au moment précis où le pays accélérait son déploiement solaire.

Sans fabrication nationale, chaque mégawatt installé transforme la transition énergétique française en rente commerciale durable au profit de l'industrie asiatique.

Trois leviers pour ne pas subir

Le diagnostic n'appelle pas au repli, mais à la précision. Trois actions se dégagent :

  • Sécuriser l'amont critique — silicium, cellules, modules — par des contrats de long terme et du stockage stratégique, le temps que les gigafactories montent en puissance. Objectif indicatif : six mois de couverture nationale en silicium de qualité photovoltaïque.
  • Garantir la demande — accompagner HoloSolis et DAS Solar par des engagements d'achat publics et des appels d'offres à critères de contenu local, désormais permis par le règlement européen « industrie zéro net » (NZIA). Une usine sans marché sécurisé, c'est un second Carbon.
  • Combler les trous — un programme R&D ciblé (France 2030, CEA-INES, filières Verre, Plasturgie, Métallurgie) sur les 6 intrants aujourd'hui sans aucun producteur national.

C'est précisément ce que fait ARGOS : descendre du panneau jusqu'au grain de quartz, produit par produit, pour dire se joue vraiment la souveraineté d'une filière — et où porter l'effort avant qu'il ne soit trop tard.

Source : note ARGOS.AI « Panneaux solaires — synthèse de filière » (Le Canari Noir, 19 mai 2026), à partir des bases INSEE, greffes des tribunaux de commerce, CAPFI et UN Comtrade · référentiel méthodologique ARGOS v3 / protocole F-2049. Les enveloppes financières citées sont indicatives et n'engagent aucun arbitrage public.